bel ami – cie die liebende familie – résidence du 5 au 11 octobre 2020

Je crois que l’histoire de Bel-Ami est une histoire qui nous parle à toutes et à tous. Le conte de fées moderne qui nous fascine tout autant qu’il excite notre jalousie : celui de l’ascension sociale rapide d’un héros du peuple. D’un ancien soldat recasé en employé de bureaux, Georges Duroy devient rédacteur en chef d’un des journaux les plus influents de l’époque. A ce pouvoir s’ajoute la richesse : Georges Duroy, qui connaissait la faim et les restrictions, arrive à rassembler une fortune colossale. Enfin, véritable inconnu, il devient célèbre et le roman se termine sur son mariage fastueux dans une église de la Madeleine comble, avec des centaines de badauds se tenant à l’extérieur. Pouvoir, richesse et célébrité : Georges Duroy finit par obtenir tout ce qu’il désirait. N’oublions pas la réussite amoureuse, élément central des contes de fées. Certes, Bel-Ami se marie à deux reprises par intérêt et sans amour. Certes, il a plusieurs maîtresses qu’il utilise pour les plaisirs charnels ou pour obtenir de précieux renseignements politiques et économiques. Mais malgré ces relations dévoyées et intéressées aux femmes, Georges Duroy vit une véritable histoire d’amour avec Clotilde de Marelle. Un amour réciproque et qui semble inaltérable. Oui, c’est un poncif de souligner à chaque fois l’actualité des oeuvres littéraires qui traversent les siècles, mais force est de constater que le roman Bel-Ami fait partie de ces chefs-d’oeuvres intemporels. Aujourd’hui encore, ces ascensions sociales extrêmement rapides fascinent. On s’en moque. On rigole de ces « nouveaux riches », ces sportifs « bling-bling », ces « stars de la téléréalité » qui ont un pouvoir d’influence énorme. Mais au fond de nous, que ressentons-nous vraiment vis-à-vis d’eux ? page sur 4 22 La force de l’écriture de Guy de Maupassant réside alors dans la tension qu’il crée entre son lecteur et son personnage principal. On aime détester Bel-Ami. Parce que Georges Duroy n’est pas le héros parfait et typique du conte de fées. Il est violent parfois, orgueilleux souvent. Il ose tout. Bel-Ami est ce que l’on pourrait appeler un « mi-héros, mi-anti-héros ». Les spectateurs auront envie de le voir échouer. A chaque page, à chaque instant, on s’attend à voir Georges Duroy chuter. Maupassant nous laisse espérer la dégringolade. Il excite notre envie d’aller plus loin en distillant des indices d’une erreur à venir, d’un faux-pas bientôt commis. Mais, cette chute n’arrive pas, bien au contraire. Enfin, Guy de Maupassant choisit une fin ouverte qui enrichit notre imaginaire de lecteur/spectateur. Nous savons que quelque chose de vraisemblablement immense aura lieu après, mais quoi ? Un destin politique hors-normes ou une déroute exceptionnelle ? Ou les deux ? L’enjeu est donc de transposer ce conte romanesque sur un plateau de théâtre. L’écriture et la langue de Maupassant nous le permettent aisément. Elles débordent de vie et peuvent facilement passer de la bouche d’un narrateur omniscient aux bouches des personnages. Quant au foisonnement d’intrigues qui enrichissent l’histoire principale, il nous amènera à ce que les comédiennes et comédiens quittent parfois leurs personnages pour venir devant le public narrer certains passages, certains épisodes du conte. Ce sera l’esprit et le fil rouge de notre spectacle. Nous viendrons vous raconter une histoire comme des conteurs qui tantôt narrent, tantôt jouent les personnages. Notre troupe viendra vous conter la grandiose et mesquine ascension de Georges Duroy, dit Bel-Ami.

 

d’après le roman de Guy de Maupassant
adaptation et mise en scène :
Arnaud Gagnoud – direction d’acteurs et assistanat à la mise en scène : Rémi Palazy
distribution :
Ariane Boumendil, Victor Bourigault, Elise Dano, Morgane Drubigny, Arnaud Gagnoud, Pascale Oudot, Franck Regnier, Jérôme Toucheboeuf, Pierre Zaoui
composition musicale :
Rémi Palazy –  création lumière et son : Charlie Henry
production :
En Scène !Productions et Compagnie Die Liebende Familie – DLF