je suis venu.e pour rien cie- Spell Mistake(s) – résidence du 8 au 14 juin 2020

Tentative d’écriture d’un spectacle pour quatre acteurs qui parlerait d’ennui mais qui ne serait pas chiant.

Deux récits plus que d’autres habitent mon imaginaire tandis que je commence la création de ce spectacle. Il y a d’abord Le champignon de la fin du monde, sur la possibilité de vivre sur les ruines du capitalisme, de l’anthropologue Anna Tsing. Elle s’est intéressé à un champignon d’origine japonaise, le Matsutake, qui a la particularité de pousser dans des zones dévastées par l’homme. Il est surtout présent dans des forêts de l’Oregon et ce sont des personnes plus ou moins marginales, (vétérans du Viet-Nam, exilés politiques du régime communiste Nord Coréen…) qui partent à sa recherche et le revendent à prix d’or. Une manière de montrer des formes de résilience du capitalisme mais surtout d’interroger la notion de «marge». Le livre est construit en «rhizome». Comme Constellations, trajectoires révolutionnaires du jeune 21ème siècle, un récit collectif, une collection d’histoires : des histoires de rétifs, d’inadaptés, de marginaux, des histoires de lutte, regroupées et se faisant écho à la manière d’un rhizome, ici aussi, donc.

J’ai envie de construire mon spectacle sur ce même principe et d’explorer à ma manière cette précieuse notion de «marge». Ces deux ouvrages serviront de support à mon histoire : faire de mes quatre acteurs une communauté qui expérimente loin du monde, sous un abribus, un autre rapport au temps, une communauté marginale d’individus qui revendique le droit à l’ennui, qui le revendique et qui l’expérimente sous des formes plus ou moins absurdes. Ils enquêtent ou alors sans doute cherchent-ils simplement des champignons.

Croiser l’enquête et les tentatives, les expériences. Jeter les acteurs dans le vide. Se demander combien de temps ils sont capables de rester sans rien faire.

Il faudra s’ennuyer assez pour découvrir ce qu’on est capables d’inventer pour fuir ce sentiment. On jouera aux fléchettes, à la bataille navale. On inventera des charades. Des rébus, des trucs chiants comme ça.

On va s’offrir le luxe d’une mise en abîme. Et c’est tout l’intérêt du paradoxe qui consiste à créer un spectacle sur l’ennui en espérant n’ennuyer personne.

Ecriture collective

Mise en scène Maïanne Barthes

Collaboration artistique / regard chorégraphique Estelle Olivier

Avec Cécile Maidon, Slimane Majdi, Cécilia Steiner et Baptiste Relat

Scénographie Alice Garnier-Jacob

Son Clément Rousseaux

Administration et Production Paul Pitaud / Bureau Polygone