Amamonde – Cie Le Marlou – Résidence du 10 au 23 juillet

LE POINT DE DÉPART de ce nouveau projet de création est ma rencontre avec le journaliste Jean-Baptiste Malet et son enquête d’investigation En Amazonie. Infiltré dans « le meilleur des mondes ». Pénétrer dans les coulisses de ce géant du commerce en ligne, c’est s’engouffrer dans l’antre du fétichisme de la marchandise et découvrir le monde kafkaïen qui se joue de l’autre côté de l’écran.
Des marchandises s’amassent au hasard dans de gigantesques entrepôts. Les écrits de Blanqui coudoient un paquet de slips pour homme, un ours en peluche, des condiments pour grillade ou Métropolis de Fritz Lang. Femmes et hommes astreints au silence, hébétés par la fatigue se fraient un chemin dans la jungle froide des rayonnages. Leur travail est réduit aux gestes les plus primitifs : ramasser, emballer. Le dessin aléatoire de leurs déambulations nocturnes est tracé par un ordinateur central. Ultra surveillance, délation institutionnalisée : tout est savamment orchestré pour pulvériser le dialogue entre les travailleurs et laisser régner l’incessant flux et reflux des marchandises.

Ces zones de stockage sont pour moi la métaphore vivante d’un monde bâti sur le capital. Il est des réalités si absurdes qu’elles en deviennent effroyablement théâtrales. Un travail d’écriture au plateau se construit à partir d’articles, de musiques, de textes, d’images et d’improvisations. Nous nous emparons par la fiction de cette matière documentaire, nous voulons inventer des effractions poétiques et donner corps par le jeu à ce monde de carton.
L’engourdissement de la pensée, la mécanisation des gestes et des rapports humains qui sévit dans les entrepôts d’Amazon questionne plus largement notre
relation intime à l’existence : comment garder un rapport vivant avec nous-mêmes, les gens, les choses, le monde qui nous entoure ?
Or lutter contre la routine, l’informe musique du travail répétitif, créer des interstices d’où jaillit l’organique et la surprise ; c’est bien le propre du théâtre. Mais notre petit monde de bois, ses chimères et ses lunes en cartons, est fragile. Si les feux de la rampe vacillent sous l’ombre portée d’Amamonde, nous fourbissons encore nos épées en bois et nos armes d’histrion…
Marion Delplancke, metteur en scène.